Gnomon de l'église St_Sulpice

Inutile de présenter ce qu'est un Gnomon, à moins que ce terme vous semble vraiment Barbare. Je plaisante, je ne savais pas du tout ce que cela pouvais être avant de lire, comme tout bon voyageur en train, un roman de gare (je ne pense pas que cela vaille mieux en terme critique), appelé le Da Vinci Code.

Pour tout dire, cette enquête effrénée sur un sujet somme toute très décrié, m'a plu d'un point de vu "policier", mais fortement dérangé du point de vue de la vraisemblance scientifique et historique. Inutile donc de s'appesantir sur les moult démonstrations des erreurs manifestes (volontaires ou pas de la part de l'auteur), une série d'ouvrages très bien fait a été  écrite sur le sujet, et par des auteurs autrement plus qualifiés que je ne le suis. Malgré tout, ma curiosité m'a tout de même poussé à aller voir cet instrument.

La problématique de l'époque ou a été bâti cet instrument est ancienne. En effet, tout bon catholique (dont je ne fait pas forcément partie d'ailleurs), se doit de savoir que la détermination de certaines dates du calendrier liturgique passent par l'observation de phénomènes astronomiques. En particulier, la date de la pâque correspond au premier lundi suivant la première pleine lune après l'équinoxe de printemps.  Donc pleine lune, c'est pas trop compliqué (quoique...) mais il faut en tout état de cause connaître la date de l'équinoxe de printemps, avec pour préalable direct, la détermination exacte de la ligne du méridien passant par un lieu donné. Pour se faire, rien de plus simple que de construire une espèce de gros cadran solaire, en mesurant la position du soleil chaque jours à sa culmination. Les astronomes du 17ème siècles ont donc cherché un édifice suffisamment haut pour permettre de placer leur "repère" solaire en hauteur, et observer la projection de ce repère au sol. Le choix s'est alors porté sur l'église Saint Sulpice, à Paris.

Certains liens sur Internet décrivent précisément l'historique de la construction de l'ouvrage, je ne reviendrait donc pas dessus ici. Ce qui m'intéressait par contre était de voir si l'assertion de l'auteur du DaVinci code sur la correspondance entre la longitude du méridien de Paris et la position du gnomon était juste.

Depuis mon périple en Australie, je m'était doté de l'outil adéquat, à savoir un système de mesure longitude latitude très simple à mettre en oeuvre : le GPS. Profitant donc de mes pérégrinations parisiennes les week end ou je ne redescend pas dans le sud, je me suis décidé à faire un détour par l'église Saint Sulpice lors de ma recherche des médaillons Arago. En voici le résultat.

Approchant de l'arrière de l'église Saint Sulpice par la rue Garancière, venant du Sénat, j'ai fait une halte au croisement de cette rue et de la rue Palatine, pour faire un point GPS.

Pour ceux dont la résolution d'écran ne serait pas suffisante, la longitude (ce qui nous intéresse) affichée est de 2°20'08" est, et la latitude est de 48°51'03.4" nord. Nous verrons par le calcul a quoi cela correspond plus bas.

Rapprochons nous maintenant du gnomon. la façade visible sur la partie gauche de la photo (rue palatine) présente des vitraux au niveau des doubles colonnes, sur 2 étages. C'est un mode de construction typique du 18ème siècle, qui dénote d'une construction relativement récente de cette église (en tout cas de la partie qui nous intéresse).

Le vitrail de l'étage supérieur est celui qui supporte les 2 trous d'entrée des rayons lumineux se projetant sur le sol de l'église. Le cliché de droite montre entourés d'un cercle rouge, les 2 fenêtres d'entrée. Voyons cela de l'intérieur :

Les deux trous permettent, par construction, de ne pas être bloqué par le rebord inférieur de la fenêtre lorsque le soleil est haut sur l'horizon (ce qui est le cas lors de la prise de la photo, le 21 juin 2008, date du solstice d'été. La photo de droite a été prise au niveau de la partie sud de la ligne de cuivre matérialisant le méridien du lieu. La photo de droite est elle prise devant l'hôtel en regardant vers le sud (à peu de choses près au niveau du repère de l'équinoxe).

Les clichés ont été fait vers 12h40 GMT, le soleil avait malheureusement eu le temps de se glisser un peu trop vers l'ouest pour que son image soit présente sur le sol. En effet, le rebord vertical extérieur de la fenêtre du vitrail ne laisse que très peu de temps après le passage au méridien pour voir la projection du soleil sur  la ligne en cuivre, mais le mur étant vertical, peut-être était-ce voulu ?

J'ai ici besoin de l'aide de latinistes distingués (j'imagine que ce qui est écrit sur cette plaque sud sonne comme "solstice d'été de l'année 1739 pour la rotation de l'axe de la terre, et l'obliquité de l'écliptique"), mais une confirmation serait la bien venue.

La plaque de la photo centrale correspond au passages à l'équinoxe, et à droite,  le célèbre gnomon, que le prêtre de la paroisse de Saint Sulpice, via une petite note bien en évidence, affirme ne pas être un ancien dolmen ou autre symbole païen comme affirmé dans le DaVinci code.

Revenons maintenant à notre sujet, quelle est vraiment la longitude du gnomon.

La longitude mesurée est donc de 2°20'05.4", avec une précision à 5.4m.

Faisons maintenant un petit calcul. La longitude du méridien de Paris (2°20'11,6" Est  mesurée avec ce même GPS), montre un écart de 6.2" (arrondissons a 6"). La latitude du lieu (48°51'02.6" Nord) nous permet de calculer  le périmètre du cercle d'isolatitude : 26321.304km ce qui correspond à 360° de circonférence. Une seconde d'arc en longitude correspond donc à 26321304/(360*60*60)=20.31m.

L'écart en latitude étant de 6", le gnomon est situé à 121,86 mètres à l'ouest du méridien de Paris. Bon, je veut bien admettre quelque chose, c'est qu'annoncer un chiffre à au cm est osé quand on sait que la précision du GPS est de 4m.

On peut donc dire que le gnomon est à 120 mètres environ du méridien... et l'arrière de l'église est 3 secondes plus à l'est soit 60m à l'ouest du méridien.

Désolé pour les fans du DaVinci code.....